De l’abondance des ressources à la précarité énergétique : le reflet du défi congolais.
L’enquête menée par African Women for Natural Resources (AWNR) dans les cinq communes du district de Mont-Amba confirme qu’en dépit du potentiel énergétique du pays, l’accès à l’électricité demeure fragile, coûteux et inégal.
La République démocratique du Congo (RDC) dispose d’un potentiel hydroélectrique considérable. Pourtant, dans plusieurs villes du pays, notamment à Kinshasa, l’accès à l’électricité reste marqué par les délestages, les pannes, l’instabilité de la tension et le coût élevé des solutions alternatives. C’est le constat qui ressort de l’enquête de terrain menée par AWNR en mai 2026 dans la ville de Kinshasa, avec le district de Mont-Amba comme échantillon.
Réalisée dans les communes de Ngaba, Kisenso, Lemba, Limete et Matete, l’enquête a recueilli les perceptions de 123 personnes, dont 51,2 % de femmes et 48,8 % d’hommes. Parmi elles, 61 % exercent une activité économique et 39 % représentent des ménages résidentiels.
Un service largement jugé insuffisant
Les résultats sont sans équivoque : 82 % des répondants, soit 101 personnes, qualifient de « mauvaise » la qualité de l’électricité fournie par le réseau public géré par la Société Nationale d’Electricité (SNEL). Seuls 13 % l’estiment moyenne, tandis que 5 % la jugent bonne ou excellente. Cette appréciation traduit une réalité quotidienne : être raccordé au réseau ne garantit pas forcément un accès effectif à un service de qualité.
Dans le district de Mont-Amba, 47,2 % des personnes interrogées déclarent ne pas avoir accès à l’électricité. Parmi les ménages raccordés, beaucoup restent confrontés à des coupures fréquentes, à des surcharges et à une alimentation irrégulière.
Les habitants interrogés évoquent notamment la vétusté et l’insuffisance des installations, ainsi que la dégradation de certains équipements de distribution. Ces difficultés limitent le raccordement de nouveaux ménages et fragilisent l’approvisionnement dans les quartiers déjà desservis.
Les résultats de cette enquête vont à l’encontre de l’Objectif de développement durable n° 7 (ODD 7), qui vise à garantir à tous l’accès à une énergie abordable, fiable, durable et moderne. L’insuffisance de l’accès à l’électricité en RDC contribue à aggraver la pauvreté, fragilise les conditions de santé, affecte la scolarité, renforce les inégalités et limite les recettes publiques.
Des alternatives coûteuses
Faute d’une desserte suffisante, les ménages et les petits opérateurs économiques se tournent vers des solutions alternatives. Environ 35,3 % des répondants y recourent, principalement aux groupes électrogènes, aux batteries, aux bougies ou aux lampes-tempête. Seulement 7,3 % utilisent l’énergie solaire.
Les alternatives telles que l’énergie solaire, les batteries ou encore les groupes électrogènes restent largement inaccessibles à la majorité de la population congolaise, dont 67,9 % , soit environ 64,2 millions de personnes vivent sous le seuil national de pauvreté et ne peuvent pas s’en procurer en raison de leur coût élevé. Par exemple : un kit solaire performant peut coûter entre 1 000 et 3 000 dollars américains à Kinshasa. Les groupes électrogènes de petite puissance se vendent entre 150 et plus de 750 dollars, sans compter les charges liées au carburant et à l’entretien.
Ces dépenses pèsent fortement sur les ménages, alors que près de 68 % de la population congolaise vit sous le seuil national de pauvreté. Pour les 61 % de répondants qui exercent une activité économique, les coupures réduisent les heures de travail, augmentent les charges d’exploitation et fragilisent les revenus lorsqu’ils recourent aux alternatives.
Par ailleurs, pour les 26,2 % de personnes qui ont recours au groupe électrogène, la plupart utilisent des modèles de faible puissance, moins coûteux à l’achat. Toutefois, ces équipements n’augmentent pas seulement les charges quotidiennes des utilisateurs mais exposent également à la pollution sonore, ainsi qu’aux risques d’incendie, d’électrocution et d’intoxication au monoxyde de carbone.
Bien que surprenant, 13,1 % des répondants utilisent encore des bougies et des lampes-tempête, une réalité qui accroît les risques d’accidents domestiques et d’incendies.
Passer du raccordement à un véritable service
La RDC ne manque pas de ressources énergétiques ; le défi consiste à les transformer, en priorité, en un service régulier, sûr, abordable et équitable pour sa population, avant d’envisager l’exportation de l’électricité à l’échelle régionale et internationale.
Pour AWNR, la priorité doit être de dépasser une approche centrée uniquement sur le nombre de branchements.
L’amélioration de l’accès passe par la continuité de la fourniture, la réhabilitation des réseaux, la maintenance des équipements, la transparence dans la gestion et la prise en compte des besoins des quartiers soutenus par des solutions décentralisées et renouvelables, proches des populations et adaptées aux usages productifs.
Dans le Mont-Amba, les résultats de l’enquête montrent que la question n’est plus seulement de savoir qui est raccordé au réseau mais celle de garantir à chaque ménage, école, centre de santé et activité économique une électricité réellement disponible.
Cliquez sur le lien suivant pour lire et télécharger directement le rapport d’analyse sur l’accès à l’électricité, qui présente les résultats de l’enquête menée dans le district de Mont-Amba : 👉🏾 Rapport d’analyse sur l’accès a l’électricité
Rapport rédigé par :
KAMALA MURUMBA Johanna,
Directrice nationale AWNR.


